• LE SACREMENT DE L'ONCTION DES MALADES

     

    EXPOSÉ DU PÈRE LIMOUZIN SUR L’ONCTION DES MALADES LORS DU PÈLERINAGE L.C.E. 2015

     

             Nous entrons dans le moment de l’ultime préparation de l’onction des malades. Vous avez dû déjà voir avec quelqu’un de votre paroisse la richesse de ce sacrement que vous donne le Christ par l’Eglise.

     

             Le thème de notre pèlerinage : Lourdes, la joie de la mission nous fait entrer tout naturellement dans ce sacrement, le toucher de Jésus sur le malade pour la guérison de son corps et de son cœur. A Lourdes, Marie nous conduit tout naturellement à laisser le Christ agir en nous et le fait de désirer grandir dans la relation à son fils ne peut que nous conduire à la joie et à vivre, et annoncer les fruits que produit en nous cette présence de Jésus. Nous sommes dans la joie de lui appartenir et nous voilons le faire savoir. Cette joie profondément intérieure d’être touché par le Christ ne peut aussi que s’extérioriser par la joie sur nos visages, et nos paroles tant elle est forte en nous. Nous ne pouvons cacher ce qui fait notre bonheur, notre force, notre réconfort… Nous aurons à dire que le Christ est le plus fort pour nous aider à combattre le mal de la maladie, de nos faiblesses humaines. C’est lui qui sauve.

     

             Pèlerin de la terre et du ciel, n’oublie pas ta condition de marcheur d’éternité, avance avec courage sur le chemin de l’Evangile, fait de joie, d’effort, de lumière, de souffrance parfois. La Parole de Dieu que nous recevrons cet après-midi pour la célébration, nous orientera vers les autres et à reconnaître le Christ en eux : « Ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait. » Nous nous porterons les uns les autres, nous retrouverons la confiance et nous pourrons aller de l’avant pour annoncer la joie de la guérison.

     

             Voilà ce que Jésus va réaliser en chacun de vous qui demandez le sacrement de l’onction des malades.

     

    Quelle doit être notre attitude ce matin ?

     

             Jésus est là aujourd’hui pour nous regarder chacun, tel qu’il est, avec ce qu’il vit, ce qu’il porte en lui-même. Jésus vient nous dire : chacun compte pour moi, chacun a du prix parce qu’il est une personne.

     

             Il a porté la souffrance, la croix des malades et il en a relevé quelques-uns. Il a souffert avec les possédés de l’esprit mauvais, et il les a chassés. Il a touché le corps, les yeux, les oreilles, Il a délié la langue. Il les a remis debout ceux qui ont eu foi en lui et qui se sont tournés vers lui et lui ont crié : Seigneur, je n’en peux plus… au secours. Il prenait déjà sur lui toute la vie heureuse et douloureuse de ces personnes.

     

             Dans le regard qu’il porte sur chacun de nous, Jésus vient à nous aujourd’hui, mais plus particulièrement sur vous, personnes souffrantes. Il vous regarde et il vous aime, tel que vous êtes. De sa croix, il vous regarde et vous offre de prendre la vôtre avec vous.

     

             Notre cœur, notre corps sont là en attente, car en chacun d’eux, il y a de l’amour, de la souffrance, de l’angoisse, de la peur… Il y a des questions : pourquoi moi, encore moi, je n’en puis plus… Il y a des cris.

     

             Je viens là pour recueillir la vie, la force du Christ qu’il va offrir en ce jour, dans le sacrement de l’onction des malades. Votre corps, votre cœur ont beau être bien fragiles, ébranlés en raison des souffrances, angoisses, inquiétudes, vieillissements, doutes, manque de confiance,… votre démarche c’est de venir vous présenter au Christ Sauveur… car c’est lui qui guérit le mal qui nous empêche de vivre, et ce que vous ne pouvez être, même pas faire vous-mêmes, d’autres sont là pour vous porter et vous présenter à Jésus. Il s’agit bien d’une démarche personnelle, d’une démarche que vous faites à l’Eglise. Car c’est elle qui vous donne de rencontrer l’amour, la tendresse, la miséricorde et l’amitié infaillible du Seigneur Jésus.

     

    C’est quoi l’onction des malades ?

     

             L’onction des malades est un sacrement, c’est-à-dire une action de Jésus aussi vraie, aussi puissante, aussi efficace que lorsque Jésus, sur les routes de Palestine, rencontrait les personnes souffrantes et les guérissait. C’est un acte de foi en Jésus ressuscité et c’est cela le mystère pascal. Oser se plonger dans l’eau de l’amour, de la miséricorde de Jésus, ça remet debout, ça donne envie de repartir, de se remettre à la suite du Christ pour continuer son chemin.

     

             Sur les chemins de Palestine, Jésus a rencontré des aveugles, des paralysés, des sourds et il les a relevés en les guérissant. Notre désarroi, notre souffrance peut être grande, nous pouvons sentir la faiblesse de notre foi, alors il nous faut crier vers Jésus : « Jésus, au secours, soulage moi, fais grandir ma foi, viens au secours de mon incrédulité. » Quelque soit notre foi aujourd’hui, même très faible, Jésus nous accueille toujours, car il nous montre son intérêt, son attention pour les plus démunis et les pauvres de cœur.

     

             Jésus ne s’adresse pas à un groupe sélectionné, non, mais au peuple de ceux qui peinent, pleurent et souffrent. A ceux-là, Jésus offre son cœur ouvert sur la croix, ses bras grands ouverts et il propose l’admirable échange, un échange de fardeaux. Il prend les nôtres et les met sur ses épaules… Avec nous il porte les fardeaux, avec nous il porte ce qui nous fait ployer. Nous ne sommes plus seuls. Le fardeau devient plus léger, car c’est la compassion du cœur de Dieu qui est en nous, et qui y demeure. C’est tout cela le sacrement de l’onction des malades.

     

             Les prêtres qui seront là seront alors le signe visible que c’est bien Jésus qui vient vous rencontrer et qui vous touche. Les gestes des prêtres seront bien les gestes du Christ, car ils agiront au nom du Christ, comme lui.

     

             Pour chacun de nous, la vie est un tout. Elle est succession d’évènements qui comporte des moments de joie, de bonheur, des heures de souffrance, d’angoisse, de solitude et tout est relié l’un à l’autre par la communion d’amour, le lien fraternel, le partage. Nous avançons les uns liés aux autres.

     

             La visite que vous recevez, le coup de téléphone qui vous est envoyé, cette visite que vous n’attendiez pas, cette carte ou cette lettre qui vous arrive d’un pays lointain ou de tout près, considérez-les comme un cadeau de Dieu, de la part de ceux qui vous portent dans leur cœur et dans le Seigneur. Ils sont la main du Seigneur qui vous rejoint, ils sont le regard du Christ qui vous sourit, qui vous est offert. Une question qui me hante, l’angoisse qui me tourmente… partage-la avec celui qui te visite ; il est le regard, la parole du Seigneur qui te rejoint pour te réconforter.

     

    Comment ça se passe ?

     

             Quels sont les signes et les gestes du sacrement qui vont exprimer tout cela et vous redonner espoir pour vivre et pour continuer la route ?

     

    1. Le premier geste sera celui de l’imposition des mains : la main exprime les gestes de tendresse, de compassion – se donner la main pour faire une chaîne d’amitié, se tenir la main, caresser…- Jésus l’a fait tellement souvent sur toutes les personnes qu’il a rencontrées et qui ont crié vers lui : ça nous dit bien que c’est Jésus qui accueille. C’est à la fois un geste de paix et de supplication. Ce geste  se fait dans le silence, un geste qui nous invite à entrer dans cette rencontre avec Jésus.

               L’imposition des mains, c’est la demande tout intérieure à l’Esprit, l’Esprit de Jésus, l’Esprit envoyé par le Père, une demande pour qu’il nous envahisse, qu’il nous remplisse de force, de paix, de foi, d’espérance. Nous accueillons ce geste avec notre propre silence intérieur, nous présentant à l’Esprit tels que nous sommes, avec nos souffrances, nos peurs, nos espoirs et toute notre volonté de vivre, et tout cela est différent pour chacun, chacune.

       

    2. Ensuite les prêtres descendront vers vous pour déposer sur votre front et dans vos mains l’huile des malades bénie par l’évêque en la fête de Pâques. (Il prend contact avec vous par un sourire, une parole échangée et vous lui répondez aussi par un sourire… il faut qu’un lien s’établisse entre vous deux.)

       

               Cette huile signifie la présence active du Christ-ressuscité avec toute la puissance donnée par son Esprit. L’huile nous dit la douceur et la force. Elle me dit la délicatesse de Jésus qui rejoint mon corps, ce corps malade, fatigué, ce corps qui lutte, ce corps qui veut vivre. Jésus, par l’onction des prêtres, touche mon corps, tout moi-même, tout mon être. Ce corps qui peine à vivre est touché, pénétré par la force de l’Esprit de Dieu. Cette action de Jésus m’atteint au plus profond de moi-même, de toute ma vie, au moment où le prêtre dit : « X, par cette onction sainte, que le Seigneur, en sa grande bonté, vous réconforte par la grâce de l’Esprit Saint. » et vous lui répondez AMEN, oui, c’est vrai, je le crois.

       

               X, je suis nommé par mon prénom, comme au jour de mon baptême, de ma confirmation ; c’est une rencontre personnelle et en déposant l’huile dans vos mains ouvertes, il continuera en disant : « Vous ayant ainsi libéré de tous vos péchés, qu’il vous sauve et vous relève. » et vous lui répondez AMEN, oui, je suis d’accord, je le crois.

       

               Cette action est une action purificatrice : « libéré de tout péché », voilà bien la réalité, « pardonne-nous, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés » c’est bien le pardon qui m’est donné, Jésus ne fait pas les choses à moitié. Je suis libéré, renouvelé, je retrouve une nouvelle force spirituelle, physique. De toute façon, il me comble du meilleur pour moi. Il n’y a pas nécessité de recevoir le sacrement du pardon avant et encore moins sitôt après. La parole du prêtre est efficace, c’est bien le pardon. Il est toujours possible, bien sûr, de rencontrer un prêtre, une religieuse ou quelqu’un d’autre qui soit ami, ça peut m’aider à un nouveau regard plus personnel sur moi-même, sur ma vie spirituelle.

       

    3. « qu’il vous relève » voilà, je suis invité à reprendre la route, cette route épuisante, douloureuse, mais la reprendre comme une personne debout, redynamisée, qui repart avec courage et espérance avec la force et la présence de Dieu. Un peu comme Bernadette pour qui la sainteté n’était pas d’être parfaite, sans faiblesse, mais d’accepter de faire route avec Dieu, de marcher avec lui, d’accepter que Dieu soit notre compagnon de route… « baptisés, nous avons revêtu le Christ » nous dit St Paul.

       

               Le sacrement donné, il reste un moment exceptionnel encore, c’est celui de l’affection manifestée par un baiser, une accolade, un sourire, un mot qui sera bien au-delà de tout mot ; ce sera vraiment un moment de tendresse partagée comme le Christ, un moment d’intimité où toute l’assemblée, là, présente, signifie que L.C.E. est une immense famille, une immense chaîne de tendresse, d’amitié au long des jours qui se succèdent et plus fortement, lorsque c’est plus dur à vivre, lorsque l’espérance risque de s’estomper.

       

               Rappelons-nous la parole du livre des Lamentations (3/30) : « Voici ce que je vais me remettre en mémoire, ce pourquoi j’espérai : les bontés du Seigneur ! Elles ne sont pas finies ! Ses tendresse ne sont pas achevées Elles sont neuves tous les matins. Grande est ta fidélité ! Ma part, c’est le Seigneur, me dis-je, c’est pourquoi j’espérai en lui. »

       

               Pour vous, hospitaliers, hospitalières qui accompagnez, soyez porteur de la personne qui vous est donnée comme les porteurs du paralysé de l’Evangile qui ne pouvait venir seul – ses amis l’ont porté à Jésus – et pour nous tous qui entourons nos amis, atteints dans leur cœur et dans leur corps, je veux vous dire que participer à l’onction des malades n’est pas seulement un grand moment d’émotion partagée, c’est pour chacun d’entre nous, renouveler notre volonté de présence et d’accompagnement en ce moment mais aussi out au long de l’année avec eux et vivre ensemble l’espérance et l’amitié.

       

               Pour ceux qui ont reçu ce sacrement de l’onction des malades, l’an dernier, ou moins de 3 ans, si la maladie ne s’est pas accentuée, revivez cette célébration en la réactualisant pour vous, revivez, entrez dedans, pas seulement dans le souvenir, mais en pensant très fort à cette grâce que Jésus vous a donnée, dont il vous a comblé et croyez qu’elle demeure active encore en vous, ce sera un nouveau départ, car la grâce du sacrement demeure plus loin que l’instant présent.

       

               Alors, ensemble frères et sœurs, avançons à la rencontre de Jésus-Christ.

       

      Témoignage : « Lorsque j’ai reçu le sacrement de l’onction des malades, j’ai ressenti une grande force en moi ; j’ai ressenti ce qui me permet depuis de marcher et de mieux comprendre ce que le Seigneur attende de moi : une espérance qui me fait découvrir que je suis utile, même avec ma maladie, mon handicap ; que je suis à ma place là où je suis. J’ai découvert que je suis aimée de Dieu, qu’il est toujours là, près de moi. » Hélène.

      


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